La marcheuse de Samar Yazbek

Coucou,

Aujourd’hui je vous retrouve dans une bullette avis lecture à laquelle j’ai envie de donner une autre forme.

En effet, ce livre que je ne nommerais pas roman est un livre qui dès la première page, dès les premiers mots est apparut comme un coup de cœur, une pépite alors j’avais envi de vous en parler tout simplement avec les mots qui me sont venus et que j’ai écris pendant ma lecture.

Pourquoi est-ce une pépite ?

La marcheuse, un roman de Samar Yazbek commence à la page 9 par cet extrait que je me permets de vous citer:

« Je ne sais pas si tu as la même prédilection que moi pour la texture du papier ou la même habitude de caresser la feuille. Je suppose que tu te moques de savoir ce que je ressens quand je passe mes doigts sur les lignes après les avoir rédigées.

Néanmoins, je voudrais te faire part d’une idée qui vient de me traverser l’esprit : si je réunissais les innombrables feuillets dispersés dans des cartons, il y en aurait suffisamment pour fabriquer un avion papier de la taille de l’avion – bien réel celui-là – qui tournoie actuellement dans le ciel au-dessus de ma tête. Ne va surtout pas croire que ce qui me passe par la tête a un intérêt pour d’autres que moi. Tout ce que je t’écris là peut disparaître d’un instant à l’autre, et quand bien même il te serait donné de le lire, ce serait le fruit d’un hasard plutôt étrange, aussi étrange que je le suis moi-même par rapport au reste des êtres humains… ».

En lisant ce premier extrait, j’ai tout de suite ressenti quelque chose, comme si ce livre était fait pour que je le lise, je ne sais pas pourquoi mais la force de chacun des mots a fait écho en moi même si ce n’st pas pour les même raisons et à cet instant je savais que je ne serais pas déçue de ma lecture. J’ai continué quelques pages toujours emportée par les mots et je suis tombée sur un nouvel extrait qui m’est apparu très fort et qui va vous expliquer pourquoi je ne souhaite pas parler de cet ouvrage en tant que roman, tout simplement pour respecter le choix de l’auteure en tant que créatrice et artiste de son œuvre.

« Ne crois surtout pas que tu es en train de lire un roman. Non, ce que j’écris est la plus réalité, et si je l’écris, c’est pour essayer moi-même de comprendre ce qui s’est passé. »

Un choix qui je trouve après avoir lu ce livre est une pure réalité que je trouvais pour ma part essentielle à respecter. Quand un artiste fait un choix, car oui un écrivain est un artiste, on ne peut que respecter son choix si nous souhaitons parler de son travail.

Dans chacun des mots que l’auteure utilise pour nous emmener dans son récit, on retrouve beaucoup de forces, de sentiments et d’émotions qui chaque instant nous tienne en haleine. Mais surtout, on est inévitablement emportée avec elle dans la force de ces propos qui relate tout simplement la difficulté de la situation. Une histoire forte, puissante, réelle et brulante de vérité.

Attention, je souhaite tout de même attirer votre attention sur le fait que cette histoire et même cet univers aussi puissant, poétique, etc.…soit-il, n’est pas l’histoire personnelle de l’auteure mais plutôt la prise de parole d’une auteure engagée qui expose ainsi au monde l’horreur de la guerre en Syrie ainsi la souffrance de son peuple. Pour cela, l’auteure utilise le personnage de Rima, en point de vue interne afin de nous raconter avec encore plus de force tout ça, comme si elle nous parlait vraiment de ce qu’elle avait vécu, ce qui je l’avoue m’a un peu perdue au départ car je ne savais pas dire si c’était l’auteure qui avait vécu tout cela ou pas, j’espère d’ailleurs ne pas dire de bêtise.

Dans l’enfer de la guerre, Rima raconte son quotidien, la triste réalité de la guerre mais aussi et surtout le monde imaginaire qu’elle se crée peuplé de ses souvenirs de lectures, des personnes qui ont compté pour elle et de couleurs afin d’apporter un peu de réconfort dans sa vie si rude. Rima est une jeune syrienne atteinte d’une étrange maladie. Depuis toute petite, elle ne peut pas s’arrêter de marcher et elle a perdu la faculté de parler. En permanence attachée au poignet de sa mère par une corde de deux mètres de long, elle a pu apprendre à lire et écrire grâce à Sett Souad, la bibliothécaire de l’école où travaille sa mère. En effet, sa mère la cachait dans la bibliothèque pendant qu’elle faisait le ménage à l’école.

Comme je viens de vous le dire, Rima se réfugie dans l’écriture, dans ses souvenirs de lecture surtout les contes illustrés et en particulier le Petit Prince ou Alice au pays des merveilles qui sont ses livres préférés mais aussi dans sa mémoire : elle se souvient notamment de Sett Souad, cette bibliothécaire qui a pris des risques pour lui faire découvrir les livres. Rima aime aussi les couleurs et passe beaucoup de temps à dessiner.

Vous allez sûrement le remarquer mais dans tous les extraits qui vont suivre et que j’ai trouvé vraiment très beau, je n’ai pas relevé de citations qui relatent la dure réalité de la situation mais au contraire, j’ai relevé des citations qui moi me parlait beaucoup en tant que jeune femme qui a une vie avec diverses passions car c’est aussi un élément que l’auteure souhaite nous transmettre. Mais surtout, j’ai choisi ces différentes citations car elle relate le quotidien malgré cette situation au combien complexe et surtout révèle comment Rima a réussi à se réconforter afin de tenir face à l’enfer.

Je ne vais pas commenter ces citations que j’ai souhaité garder car je les trouve merveilleuse, je vais juste vous laisser les lire en toute simplicité.

« La bibliothèque était ma planète à moi, elle ressemblait à celle sur laquelle avait vécu le Petit Prince. Parmi mes planètes secrètes, elle était sans nulle doute l’une des plus importantes. J’avais aussi mes fleurs, il n’y en avait pas une seule mais d’innombrables. »

« Chez nous, je me dissimulais sous le lit et j’écrivais tout le temps, mais ça ne me satisfaisait pas. Avec le temps, j’ai découvert que les couleurs, les lignes et les formes étaient plus importantes que les mots et leur sens immédiat. Et si j’ai pu avoir cette révélation, c’est grâce à mon lit, qui était l’une de mes planètes secrètes, comme tu vas maintenant le comprendre….Ce lit était mon meilleur ami. »

« En réalité, j’essaie d’attirer ton attention sur mon talent précoce dans l’art d’écrire les histoires »

« J’avais depuis longtemps le projet d’écrire un gros roman et de l’illustrer, dommage que je doive aujourd’hui me contenter de l’écriture. Je pense que le temps viendra où je pourrai convertir ces mots en dessins. Chaque événement porte en lui son propre mouvement, voilà ce que je me dis. L’événement en question n’a pas nécessairement à être enfermé dans un cadre, on peut très bien insuffler les couleurs adaptées en le décrivant au moyen d’images qui se succéderaient sur chaque page, comme des fragments d’une grande fresque où les couleurs remplaceraient les cadres noirs et leurs angles droits… »

« Dans le monde des couleurs, ces choses là sont naturelles: une couleur nouvelle naît du mélange de deux autres, dont elle combine les caractéristiques. Nous allons expérimenter ce phénomène à l’identique, mais dans le monde des mots. Ça ne fera pas de mal, puisque le temps est revenu et s’est transformé en un chemin de forêt au dessus d’un nuage. »

J’espère que vous avez apprécié votre lecture de ces citations que j’apprécie toujours autant en relisant mon article. Ils illustrent d’ailleurs, à mes yeux, une belle façon de montrer le pouvoir de la littérature et de l’art pour élargir l’horizon mais surtout aider à s’évader de la réalité de la vie qui peut parfois s’avérer très complexe. C’est pour cela que la jeune femme voyage dans sa tête et s’invente des planètes comme celle du Petit Prince ou encore s’inspire beaucoup de l’univers qu’Alice vit dans cet autre conte que Rima aime tant.

Je ne trouve presque plus mes mots pour vous dire a quel point ce que je lis, devant mes yeux car je vous écris en même temps est fort. Néanmoins, je ne pouvais pas vous parler de ma lecture sans évoquer un minimum le fort sujet que l’auteure relate ici. Par ce récit d’une force époustouflante, l’auteure dresse un constat plus qu’étourdissant et sombre sur un pays en guerre depuis de nombreuses années. Je n’arriverais pas à trouver les mots nécessaires pour vous décrire à quel point cette situation de guerre que j’ai pu lire est forte, je vous laisserai le découvrir en lisant ce livre mais personnellement, cela a rendu encore plus puissant mon amour pour cet ouvrage. L’auteure est devenue une voix pour les milliers de syriens qui ne peuvent s’exprimer, qui ne peuvent plus crier leur souffrance, elle est leur porte parole et je ne pense pas me tromper en disant qu’elle leur rend un merveilleux hommage. Le récit met aussi en mots sous la forme de métaphores, la difficulté d’être une femme en Syrie : on ne peut parler, on ne peut se déplacer librement seule, la violence fait la loi, etc…

En conclusion, je pense que vous l’aurez compris mais j’ai eu un gros coup de cœur pour chacun de ces mots et pour toute ma lecture. Ce livre est d’une beauté extraordinaire, une pépite pour relater les ténèbres d’une guerre, la douleur d’un peuple, le désespoir sans aucune lumière de survie, sans le souffle d’un apaisement. C’est un récit de la rentrée littéraire à lire absolument et que je suis ravie d’avoir entre les mains avant qu’il reste dans ma bibliothèque.

J’aurais un tout petit point négatif mais que je qualifierai plutôt de bonus, l’auteure évoque beaucoup le dessin, les couleurs ainsi que la calligraphie dans son ouvrage et je pense qu’il aurait pu être très intéressant d’insérer à certains endroits des photos de ces œuvres créées par Rima pendant qu’elle nous parle.

Avant de laisser s’envoler cette bullette, je souhaitais tout de même malgré le changement que j’ai souhaité donner à la forme de mon article, vous permettre de découvrir qui est l’auteure :

Samar Yazbek est une journaliste et écrivaine syrienne. Elle a étudié la littérature arabe à l’université. En tant qu’écrivain, elle est l’auteure de romans, nouvelles, scénarios de films et de téléfilms. Elle a rédigé des critiques de films et de télévision.
Elle a publié en France « Feux croisés, journal de la révolution syrienne » en 2012, « Un parfum de cannelle » en 2013 et « Les Portes du néant » en 2016. Et maintenant, elle publie « La marcheuse » dont je viens de vous parler. C’est une auteure que je ne connaissais pas du tout et que je suis ravie d’avoir découverte grâce à cet ouvrage.
Elle a aussi produit Women of Syria, magazine féministe numérique.
Samar Yazbek vit en exil à Paris depuis 2011.

Je vous laisse aussi le résumé de cet ouvrage si certain d’entre vous souhaite le découvrir :

Rima aime les livres, surtout Le Petit Prince et Alice au pays des merveilles, le dessin et…marcher. La jeune fille, qui ne parle pas, souffre d’une étrange maladie : ses jambes fonctionnent indépendamment de sa volonté, dès qu’elle se met à marcher elle ne peut plus s’arrêter.

Un jour d’août 2013, alors qu’elle traverse Damas en bus, un soldat ouvre le feu à un check-point. Sa mère succombe sous les balles et Rima, blessée, est emmenée dans un hôpital pénitencier avant que son frère ne la conduise dans la zone assiégée de la Ghouta. Et c’est là, dans cet enfer sur terre, que Rima écrit son histoire. A travers la déambulation vive et poétique de cette adolescente singulière dans l’horreur de la guerre, Samar Yazbek continue son combat pour exposer aux yeux du monde la souffrance du peuple syrien.

Ma bullette est maintenant terminée. J’espère que cette forme un peu différente vous a plu, que mon article en lui même vous a plu mais surtout que j’ai réussi à vous donner envi de découvrir ce livre. N’hésitez pas à venir discuter avec moi, me faire vos retours, me dire si vous connaissez l’auteure, si vous avez lu ce livre ou si vous avez envi de le découvrir ?

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